Méga feux, méga inondations, remous sociaux, blocage du détroit d’Hormuz polycrises, on quitte le monde de la continuité pour rentrer dans le monde des ruptures. Face à un burnout planétaire Olivier Hamant nous envoie un message positif pour ouvrir des  pistes, donner des solutions inspirées de la nature et affronter le monde de demain. Comment s’inspirer du modèle du vivant, fondé sur l’adaptation, la coopération et la robustesse et délaisser notre modèle actuel fondé sur la performance ?

La performance, comme valeur suprême

Nous avons construit une civilisation de la performance : vitesse, efficacité, optimisation, productivité, précision, réduction des coûts, suppression des « temps morts », la performance est devenue la valeur suprême. Or la recherche de performance peut paradoxalement produire de la fragilité. Le problème n’est pas la performance en elle-même.

Le problème apparaît lorsque la performance devient la valeur suprême.

Le vivant fonctionne autrement  

Le vivant n’est pas une machine parfaitement optimisée, Il comporte énormément de   diversité,  redondance, lenteur, variations, erreurs, incohérences, détours et imperfections. Et pourtant — ou plutôt grâce à cela — il continue à fonctionner malgré les perturbations. C’est ce que Olivier Hamant appelle la robustesse du vivant.

Le vivant ne cherche pas à être le meilleur dans un monde donné. Il cherche à continuer d’exister dans un monde qui change. 

La robustesse : rester viable malgré les fluctuations

La robustesse consiste à rester viable malgré les fluctuations c’est la voie de l’équilibre, la voie du milieu alors que la performance cherche à obtenir le meilleur résultat dans des conditions données.

La robustesse cherche à maintenir un fonctionnement acceptable lorsque les conditions changent.
La performance c’est l’optimisation dans un environnement donné.
La robustesse c’est la capacité à fonctionner dans un environnement fluctuant.

Or notre environnement devient justement de plus en plus fluctuant : climat, ressources, géopolitique, économie, biodiversité, etc. Nos systèmes sont-ils encore adaptés au monde dans lequel nous entrons ?

Les « défauts » du vivant sont en réalité des mécanismes de sécurité

Une certaine lenteur permet de ne pas réagir de façon excessive. La redondance permet qu’une défaillance ne fasse pas s’effondrer tout le système.
La diversité permet qu’une perturbation ne touche pas tout le monde de la même façon. L’hétérogénéité permet des réponses différentes.
L’incohérence permet d’éviter qu’un système entier réagisse uniformément à un problème. 

Ce que nous considérons comme de l’inefficacité peut être précisément ce qui permet au vivant de durer.

 

Conférence d’Olivier Hamant  Le Mans Université le 13 mars 2026

Réintroduire des « marges » dans nos systèmes

C’est une conséquence très concrète. Si un système fonctionnant à 100 % de sa capacité est performant alors il ne possède plus de réserve.
Car une organisation qui n’a : aucun stock, aucun temps disponible, aucune personne supplémentaire, aucune compétence redondante, aucune solution alternative, peut être extrêmement efficace tant que tout se passe comme prévu.
Mais au premier imprévu, elle devient très vulnérable.

La robustesse demande donc du « jeu » dans les rouages : des espaces, des réserves et des alternatives.

Passer d’une logique de contrôle à une logique d’adaptation

Notre civilisation repose  sur l’idée « Si nous connaissons suffisamment bien le système, nous pouvons le prévoir et donc le contrôler. »
Olivier Hamant propose pratiquement l’inverse :

« Puisque nous ne pouvons pas prévoir toutes les fluctuations, construisons des systèmes capables de les absorber. »
Ce n’est donc plus : prévoir → contrôler → optimiser mais plutôt : observer → expérimenter → s’adapter → coopérer.

La robustesse ouvre une autre conception du progrès

Olivier Hamant ne dit pas simplement : « Notre système ne fonctionne pas. »
Il montre qu’il existe déjà des alternatives : modèles économiques plus locaux, coopération, agroécologie, économie circulaire, organisations moins centralisées, nouvelles formes de démocratie, etc. Ces expériences constituent selon lui des signaux faibles d’une autre manière de construire l’avenir.
C’est pourquoi son discours est finalement assez optimiste : il ne faut pas attendre d’avoir une solution parfaite avant d’agir.

Dans une 2e partie nous partirons des exemples de robustesse dans la nature pour  voir comment les appliquer dans les territoires.